Nous avons expérimenté plusieurs rythmes non-sco comme nous avons connu différents rythmes scolaires.

                            Commençons par l'école...

Il y a eu la première année de maternelle, pendant laquelle j'ai bossé à plein temps, du moins au début, ce qui avait comme conséquences pour M:  lever par le papa, école le matin dans les cris des enfants et de la maîtresse, cantine, sieste dans le dortoir avec ses congénères (où elle n'arrivait pas à dormir), école l'après-midi dans les hurlements des enfants et de la maîtresse, garderie jusqu'à 18h15 dans une atmosphère confinée et bruyante, baby-sitter jusqu'à 19h30 (parc, goûter, douche, télé). Arrivée du papa fatigué, repas du soir. Coucher. Arrivée de la maman crevée.
Samedi avec papa car maman travaillait. Mercredi et vacances: centre de loisirs avec des animateurs peu motivés.

Tout cela faisait beaucoup pour une petite de 3 ans et personne n'était satisfait de cette vie.

Un nouveau travail en milieu d'année, avec des horaires et des conditions plus souples ont permis à Choupinette et moi d'être plus souvent ensembles et de nous retrouver plus tôt après l'école. Sinon on jonglait entre les mamans-copines et la garderie. Le week-end, je travaillais, donc c'était papa qui était avec Fifille.

En fin d'année, j'ai arrête de travailler. Bien m'en a pris; ce fut une intense période de grèves dans l'Education Nationale. J'avais donc M en permanence et nous avons fait moultes sorties parisiennes, siestes et visionnages des Cités d'or.

De la moyenne section maternelle au CP (nouvelle école), j'ai expérimenté la vie de femme au foyer. Ses côtés pratiques et ses difficultés. Nous nous levions tôt pour l'école; très souvent (en fait à chaque fois) j'accompagnais les enfants de la classe lorsqu'une sortie était organisée. Sinon, je ne faisais pas grand chose, à part ranger chez moi et bricoler, puisqu'il fallait chercher la puce à midi. Vite, retourner à la maison, vite faire à manger, glandouiller un peu, se dépêcher sur le chemin du retour. Lutter contre l'endormissement d'une vie qui, rétrospectivement, me paraît absurde pour un adulte, mais très rassurante et reposante pour l'enfant (une maman toujours là en cas de besoin, en cas de maladie par exemple). Les vacances étaient accueillies avec joie. Pas de grille horaires à respecter, des lectures intéressantes, des sorties.

A part une parenthèse pendant ma grossesse ("pathologique"), où j'ai eu le droit de mettre choupinette à la cantine (à moi les siestes où je bavais sur l'oreiller), nous sommes arrivés jusqu'en CP sur ce rythme de école-maison-école-maison-dodo / vacances (oh joie suprême!!!).

L'année du CP, j'avais un petit bout de quelques mois qui était très perturbé par nos allers et venues pour accompagner-chercher la grande soeur.

                                 Rythmes non-sco:

- La décision de desco ayant été prise en cours d'année de CP, au tout début, nous avons voulu calquer notre rythme sur celui de l'école. Avec moins d'heures bien sûr, mais lever tôt, "travail" le matin et surtout l'après-midi pendant la sieste du bébé; une activité par jour (ou presque) pour qu'elle fasse "quelque chose" en dehors de moi et surtout qu'elle voit des enfants.

Cette première étape est sûrement l' "erreur" classique de beaucoup de parents désco ;-). En faisant un programme bien fixe, nous nous rassurions et surtout nous rassurions l'entourage. Pour les nombreuses activités, idem, car à la question "elle voit des enfants au moins?" on pouvait répondre qu'elle avait l'anglais le mardi, le sport et le dessin le mercredi, la musique le lundi et le jeudi, etc.

C'est une cadence qui a été très difficile à tenir car c'était sans compter sur le propre rythme de la petite soeur, totalement "improgrammable" , le peu de volonté de l'intéressée qui n'avait pas trop envie de se retrouver assise pour "bosser" ou se retrouver entre quatre murs à faire une activité ici-là-tout-de-suite, la fatigue de bouger par monts et par vaux à pieds. En fin d'année (je parle du mois de juin) nous étions très lasses de ce rythme qui ne respectait personne.

- Au mois de septembre, nous avons pris la décision de nous écouter beaucoup plus et de ne plus agir par rapport à quoi que ce soit, dans la crainte d'être jugés, de s'ennuyer, d'être trop ensemble, etc. Nous avons gardé l'anglais le mardi et la gym le mercredi, un stage de gym pendant les vacances et c'était amplement suffisant. Cette période a été riche pour nous; chacun a dormi les heures dont il avait besoin (je parle des enfants, là LOL), s'est intéressé à ce qui lui plaisait. Ce fut une période de déschooling, vite suivie par du "unschooling" (je mets toutefois des guillemets car comme je l'ai expliqué dans des billets précédents, ce n'était pas du pur unschooling, nous faisions un peu de scolaire quelquefois. En tout cas, il n'y avait aucun programme préétabli). J'ai surtout regardé les filles vivre.

- Cette année est encore différente (nous avons entamé notre troisième année non-sco et là encore, je me base sur "l'année" scolaire qui commence en septembre) . Nous avons connu beaucoup de changements ces derniers mois, nous habitons maintenant en Angleterre. Nous avons imposé quelques heures "d'école à la maison" à M, pour diverses raisons. L'anglais est maintenant une matière importante, faite d'apprentissage naturel grâce aux activités, les dvd et de cours plus formels avec nous. Le fait qu'elle apprenne régulièrement du vocabulaire et des tournures la rassure réellement pour aller voir les copines. Nous nous aidons aussi des cours américains Time4Learning (le papa aime beaucoup leur manière d'aborder les maths). Malgré tout, nous faisons pas énormément par rapport au rythme imposé par l'école. M est vraiment une unschooleuse dans l'âme, elle aime beaucoup apprendre par elle-même et rêvasse pas mal quand on lui impose quelque chose. Parallèlement, elle a beaucoup mûrie ces derniers temps je trouve :-) Elle aime parler culture et bouquins. En ce moment, elle potasse ses cédéroms éducatifs d'elle-même (quel bonheur de retrouver tout cela dans des cartons mis de côté pendant quelque temps!!) fait des connexions et nous en parle avec passion. Un livre que nous lisons en ce moment sur Louis XIV lui donne envie d'écouter les fables de la Fontaine en MP3.

D'un quotidien très sédentaire, nous sommes passés à une vie nomade par moments. Nous suivons le papa dans ses pérégrinations professionnelles et cela nous permet à la fois d'avoir un rythme moins monotone et de voir du pays. Nous emportons nos livres avec nous, l'ordinateur portable, des crayons. Nous visitons les bibliothèques du coin, ses musées.

La petite, de son côté, est en très grande demande d'apprentissage. A peine levée, elle veut APPRENDRE et le ferait bien une bonne partie de la journée.  Je ne sais pas comment elle va évoluer dans l'avenir, mais pourquoi ne pas faire quelque chose de plus structuré avec elle?

Conclusion:

Si l'école impose un rythme, le sien et lui-seul (ou serait-ce seulement celui d'adultes travailleurs?) au risque de broyer l'individu, l'IEF permet d'être au plus près de son propre rythme. Celui qui est malade reste au chaud (mais en fait, nous sommes très rarement malades puisque nous n'avons pas besoin de somatiser...), l'autre qui a besoin de beaucoup de sommeil, dort tout son comptant. Manger quand on a faim et non pas selon des horaires arbitraires. Il en va évidemment du rythme, d'apprentissage cette fois-ci. On apprend plus facilement quand on a le temps et que l'on peut s'attarder sur telle ou telle notion. Se passionner pour un sujet pendant des mois au lieu d'avoir une culture "générale" peu approfondie. 

Il n'y a pas de mercredi, de dimanche ou de vacances, quand on apprend tous ensemble. L'instruction en famille est souvent décrite comme des vacances sans fin; il y a de cela en un sens, des vacances enrichissantes, avec enfants, faites de sorties, de cahiers [de vacances of course] ou pas, des aventures, des ras-le-bol et de la fatigue, tout en se disant que finalement, on passe surtout un bon moment.

Mais comme dirait l'autre, "Les vraies vacances, ce sont celles sans les enfants". Cela se discute, personnellement j'ai beaucoup de mal à apprécier de longues périodes sans ma famille au complet... cependant, j'ai toujours compris les mères qui disent "vivement la rentrée, que je souffle un peu".

Lorqu'on fait l'instruction en famille, on peut souffrir à la longue de ne pas voir son propre rythme d'adulte respecté.

De notre côté, nous cherchons des solutions pour que tout le monde connaisse un équilibre satisfaisant. Pas évident avec de jeunes enfants, mais nous avons quelques projets en tête ;-)