farandole

Quand ** était petite, je croyais que la mettre en collectivité était une preuve d'amour, de respect pour elle, pour sa liberté de penser. Je me disais qu'à l'extérieur, elle connaîtrait des enfants de toute confession, philosophie familiale, identité sociale... que toute cette expérience serait joliment ajoutée à ce que j'allais lui apporter.

Finalement, je me suis rendu-compte que la plupart des gens vivent dans leur propre dimension et ont énormément de mal à accepter que "l'autre" peut penser autrement (et avoir tout autant raison). C'est un gros travers de l'être humain, de croire que lui seul détient LA vérité. Il suffit de regarder autour de soi, de voir à quel point le monde est déchiré pour comprendre que la clé du bonheur, de la vraie liberté réside justement en ce respect de l'opinion de l'autre.

En ce qui me concerne, je crois très sincèrement avoir très peu ce défaut-là (mais peut-être me trompe-je) ce qui m'a valu, me vaut et me vaudra beaucoup de difficultés avec mes congénères, car ils n'arrivent pas à me classer, à me coller cette p**** d'étiquette qu'il faut absolument avoir.

J'ai, il y a fort longtemps, pris la décision qu'avec mes enfants, je n'imposerai pas ma manière de voir le monde. Entreprise difficile, irréalisable, direz-vous... car ma philosophie de la vie transpire sûrement à travers mes actes, mes paroles, etc. Bien-sûr. On ne peut jamais échapper à cela. Mais je crois qu'il y a dans notre famille, une porte pérpétuellement ouverte et sur cette porte est affiché le message "Fais ce que voudras"*

Bien-sûr, il m'arrive de douter, de voir qu'avec "l'école à la maison" notre cercle de relations est tout de même plus restreint. Mais je me remémore l'ambiance qu'il régnait en crèche, à l'école, et là, je me dis que je suis sûrement la plus disposée à respecter mes enfants dans leurs besoins et désirs.

Mes enfants ne sont pas mes enfants, ils ne m'appartiennent pas. Mais je suis leur mère ;-) ce n'est pas à d'autres personnes de se substituer à moi, même avec le sourire et une fausse tolérance laïque (gratuite et obligatoire).

En ce moment, ** fait son plan de vie et je peux vous dire qu'il est aux antipodes de ce que je ferais moi (de ce que je fais). Bien-sûr, elle a le temps de changer, de se frotter à la réalité des choses, mais je vois tout de même qu'elle prend note de trucs qui ne lui conviennent pas dans ce que je fais. Qu'elle se permette de me parler librement est pour moi le signe qu'elle la voit bien cette fameuse porte ouverte. Chacun fait sa vie selon son expérience, les conclusions qu'il en a tirées. On fait ce que l'on peut aussi ;-) Mais je sais que mes enfants ne sont pas moi et qu'ils auront une vie sûrement différente. J'ai pris la décision de l'ief par nécessité et ** m'en remercie. Elle sait que si un jour l'envie l'en prenait de retourner à l'école, d'avoir une vie différente de mes valeurs, j'accepterai. Je serai sûrement un peu (beaucoup) embêtée, mais j'accepterai ;-)

* "Toute leur vie était employée, non par lois, statuts ou règles, mais selon leur vouloir et franc arbitre. Se levaient du lit quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient quand le désir leur en venait. Nul ne les éveillait, nul ne les parforçait ni à boire, ni à manger ni à faire autre chose quelconque. Ainsi l'avait établi Gargantua. En leur règle n'était que cette clause: FAIS CE QUE VOUDRAS, parce que gens libères, bien nés, bien instruits, conversant en compagnies honnêtes, ont par nature un instinct et aiguillon qui toujours les pousse à faits vertueux et retire de vice, lequel ils nommaient honneur. Iceux, quand par vile subjection et contrainte sont déprimés et asservis, détournent la noble affection, par laquelle à vertu franchement tendaient, à déposer et enfreindre ce joug de servitude, car nous entreprenons toujours choses défendues et convoitons ce qui nous est dénié".

Gargantua, chapitre LVII.

6 ème participation à la Farandole Sans Ecole

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