Sujet bien difficile que celui-ci, tant il évoque chez moi un tas de questionnements (sans réponse quelquefois), et de remise en question très personnelle... J'ai même un peu peur de me desservir, parce que pour parler des avantages et inconvénients de la non-sco, j'ai tout de suite envie de parler franchement, et je ne suis pas sûre que ce soit une très bonne chose.

M'enfin, je vais essayer ;-)

Tout d'abord, je pense que la non-sco ne comporte pas vraiment d'inconvénients en soi.

Tout dépend de la manière dont on fait l'instruction en famille... cela peut passer de "l'école" chez soi avec cahiers et crayons, au total unschooling où l'enfant semble buller en permanence  mais apprend beaucoup sans s'en rendre-compte. Et puis, il y a l'intermédiaire aussi, un mélange des deux, selon l'envie, le moment... C'est déjà difficile de critiquer un truc aussi différent selon les individus.

Et puis, cela dépend du pays où l'on fait l'instruction en famille aussi... Les plaintes ne seront pas les mêmes si on est aux usa (où c'est très répandu), en France (pas trop), en Allemagne (interdit, mais certains le font)...

Et à cela s'ajoute la vie personnelle de ceux qui font l'ief, leur personnalité,  comment est constituée la famille, quel âge ont les enfants, depuis combien de temps fait-on l'école à la maison, etc.

J'ai lu un article fort intéressant sur un blog que j'apprécie beaucoup, il y a quelques mois: "la non sco c'est pas tout rose". J'ai bien failli laisser un petit mot, et puis je n'ai pas osé. Selon moi, l'essentiel est dit dedans et surtout dans les commentaires , avec lesquels je suis d'accord ;-)

Et bein non, c'est pas tout rose. On s'en serait douté. Les efforts que demande l'ief sautent aux yeux de la plupart de gens quand même, surtout ceux qui mettent leurs enfants à l'école. "Ah bein vous avez bien du courage" "moi je pourrais pas" "c'est pas trop crevant?" "vous êtes fatiguée quand même, non?" "je ne sais pas comment vous faîtes" "avec moi il apprendrait rien" "aaah, j'aime trop ma tranquillité, ça doit être dur d'être toujours avec ses enfants"...

C'est sûr que lorsqu'on nous fait ce genre de remarques (pas toutes en même temps quand même), alors qu'on a choisi cette option en pleine conscience, on a plutôt envie de ne parler que des avantages lol. C'est pas la peine d'en rajouter non plus.

Mon autre blog est très positif... ça s'est fait comme ça... c'était le ton qui me venait naturellement, je débutais et n'avais pas le recul nécessaire pour dire des choses très fermes sur l'ief (l'ai-je aujourd'hui, je n'en suis pas sûre), et puis je savais qu'on m'attendait au tournant (principalement les grands-parents)...

Je crois qu'il est important de valoriser l'IEF, tant en France ce choix de l'instruction est décrié... Et en même temps, je suis bien d'accord sur le fait que ça fait louche quand on ne dit que du bien d'une chose. Que personne ne me lynche, mais ça fait un peu... secte, quand on ne montre pas la vraie réalité ;-) (entre autre ein? je crois aussi que l'on peut penser qu'on manque d'objectivité, qu'on ne veut pas voir les limites du système)

Comme je vous l'ai dit, je pense qu'il n'est pas évident de généraliser sur les "pour et les contre" de la non-sco; Il y a eu tout de même plusieurs articles pas mal faits, je vous donne un lien ici . Celui-ci me semble assez réaliste, même si je ne me retrouve pas dans tout (le fait que la non-sco coûte cher par exemple, je ne suis pas d'accord)

Par contre, je veux bien vous parler de ce que MOI, je trouve difficile, en faisant l'école à la maison.

Ma premier souci tout d'abord, c'est que nous n'avons aucun soutien familial. (Moi, personnellement, je n'en ai jamais eu; j'ai toujours dû me débrouiller, m'élever, me consoler toute seule. Toute proportion gardée sur le plan matériel, car j'ai eu de l'aide de l'état à un moment ;-) )

[Il serait long et un peu indiscret d'expliquer ici, mais tout ce que je peux dire, c'est que, voilà, il est impossible pour nous d'avoir des liens de confiance et de respect mutuel avec la famille de mon mari. Je ne juge pas du tout mes beaux-parents, j'ai fait beaucoup d'efforts dans leur sens. Eux aussi, sûrement, à leur manière. ça n'a pas marché, tant pis :-( ]

Nous avons pris de bonnes décisions, nous nous en sommes plutôt bien sortis sur le plan matériel. Entre nous, dans la famille que nous avons crée, mon mari et moi, il y a énormément d'amour et de tendresse :-)) Mais tout cela ne suffit pas sur la longueur... Il faut du soutien, des pauses et des relais. Notre vie est faite d'efforts permanents, nous avons l'impression d'être des Mario Bros qui doivent éteindre mille feux en même temps...

Cela génère énormément de fatigue, des hauts, des bas (surtout à Noël et aux anniversaires). Nous nous alimentons beaucoup à la méthode Coué pour tenir. Et l'amour, toujours, entre nous. Heureusement!

Sur ce point, nous nous sommes toujours rendu-compte que l'école était un relais pour nous. La décision de déscolariser ** n'a pas été facile, parce que justement on s'est dit tout de suite que ça allait être dur... Mais pour nous, le bonheur, le bien-être et la sécurité de nos enfants passent avant tout

Deuxième difficulté, c'est l'écart d'âge entre nos deux enfants (6 ans). J'ai l'impression d'avoir deux enfants uniques. Je dois changer de registre en permanence pour répondre à leurs besoins. La petite a un énorme besoin de maternage, de tétées et n'arrive pas du tout à dormir seule (même pas dans l'écharpe). Je les ai dès le départ intégrées toutes les deux dans les activités quotidiennes; rien n'est impossible et il en est sorti beaucoup de maturité pour toutes les deux, de débrouillardise, mais aussi beaucoup de désordre (que de perles jetées par la petite par exemple, de saletés faites en cuisine, etc.) et des nerfs mis à rude épreuve chez moi. Ceci s'améliore, l'écart se réduit; la petite a envie de jouer avec la grande et la grande a envie de s'occuper de la petite. Elle sont sûrement plus complices et proches que si **avait été toute la journée à l'école :-))) Mais je sais bien que dans quelques années, l'écart se creusera de nouveau, même si j'espère elle continueront à s'entendre...

Troisième point, nous ne vivons pas dans une société qui intègre l'ief. C'est pas parce qu'on a choisi de le faire qu'on doit être puni . Suffit d'observer autour de soi en pleine journée pour voir qu'il n'y a pas d'enfants dans la rue (méoukisont? bein à l'école ou à la crèche). Il n'y a aucune structure parallèle. Les activités sont uniquement le mercredi ou le week-end, quelquefois à partir de 16h45. Je n'ai pas essayé d'inscrire ** en centre de loisirs mais je suppose que si on n'est pas à l'école... Bref, ça marginalise un peu quand même. Et on se sent un peu seul. Je ne parle même pas des gens qui se sentent remis en question parce que vous, vous avez le culot de ne pas rentrer dans le moule en ne mettant pas votre enfant à l'école. ça fait réfléchir, ce sentiment d'être  vu comme différent, quasi hors-la-loi... à ce sujet, j'ai lu une réflexion très intéressante dans le mémoire "L'instruction dans la famille comme alternative à l'école": même si, selon la loi, on a le droit d'instruire ses enfants et de ne pas les mettre à l'école, la famille s'instruisant elle-même est perçue comme déviante car n'obéissant pas à la norme sociale (je vous invite à lire les pages 69 et 70 de ce mémoire, et surtout les tableaux expliquant" la théorie interactionniste de la déviance")

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En ce qui concerne le manque de temps perso, c'était une de mes craintes avant de déscolariser **. Finalement, ce n'est pas ce qui me pèse le plus... Bien-sûr, j'ai quelquefois envie d'être seule, mais je trouve que ce sont surtout les demandes fréquentes de ma petite qui me fatiguent  (sans que pour autant j'ai envie de la mettre en garderie). Depuis peu, ma puce accepte d'aller faire des sorties le week-end avec son père et sa grandes soeur sans moi. J'en profite pour écrire (l'activité qui me regénère le plus et me fait avoir la banane), prendre une douche tranquille, bricoler. ça fait du bien. Je n'ai pas besoin de beaucoup de temps pour moi, beaucoup moins que la plupart des gens je crois.

Par contre, la difficulté de parler tranquillement avec mon mari (dernièrement nous avions des décisions importantes à prendre) ou lorsque nous avons des invités à la maison, oui, franchement, ça  me pèse. J'ai un sentiment de "trop" quelquefois.

Dernier point qui n'arrange pas les choses: je n'arrive pas à avoir mon permis de conduire. ça a l'air bête comme ça et pourtant c'est  un gros manque à mes yeux, que je mets en parallèle avec la manque de soutien familial (c'est dire). Cela peut sembler superficiel et incongru, mais je ressens vraiment le besoin de me (nous) déplacer facilement, rapidement, plusieurs fois par jour et sans fatigue. Et pourtant, je n'habite pas la campagne... Il y a les bus, le rer bien-sûr. Mais c'est pas toujours évident d'attendre avec des enfants. Nous marchons beaucoup, beaucoup, ** déteste marcher, moi j'aime bien mais avec des enfants c'est différent. Il y a les grèves des transports, le bus qui vous passe devant sans s'arrêter. J'ai l'impression que nous passons notre temps à courir, stressées par la peur de rater notre bus (et après c'est une demi-heure, trois quart d'heure d'attente parfois). Sous la pluie (euh super fréquente en Ile de France quand même, et c'est pas le petit crachin breton), par grand froid, en plein soleil sans point d'ombre l'été, sur le bord d'une route où passent des voiture à toute vitesse. Nous avons la chance de vivre dans une région où il y a plein de choses à faire, de nombreuses activités, mais finalement notre manque de mobilité restreint les choses. De plus, c'est le seul lieu où ** arrive à faire la sieste, je crois que cela m'aurait souvent allégée... J'aurais pu faire une course rapide pendant l'activité de **, au lieu de piétiner sous la pluie... Un point positif, c'est que je ne pollue pas :-)))

En résumé, je suis souvent gagnée par la fatigue. Qui dit fatiguée, dit moral en berne quelquefois. Et quand on n'a pas trop le moral, on n'a pas forcément envie de rencontrer du monde, parce que pour être bien avec les gens, il faut être un minimum disponible. Alors si en plus, vous allez voir quelqu'un qui met ses enfants à l'école et ne comprend pas pourquoi vous faîtes pas comme elle ("mais y'a de bonnes école privées")... regarde avec pitié votre air négligé et émet l'idée que c'est peut-être à cause de l'allaitement et du cododo... Bon, je caricature, là ;-) Enfin, moi, je me sens assez décalée et pas très fraîche par rapport à la majorité des gens qui sont minces, bien coiffés, disponibles, ne s'embarrassent pas de leurs enfants et ont toujours un joli pli de repassage sur leurs fringues (important, très important, le pli net et sans fioriture, alors que je serais plutôt du genre froissé). Souvent, je me dis que nous vivons dans une drôle de société, où la beauté physique, la jeunesse éternelle, le plaisir et les loisirs priment. Je ne suis pas contre le fait de me faire plaisir, mais là, c'est trop. Il y a des fois où je voudrais une maison impeccable (et pourtant je ne suis pas une Bree), des enfants couchés à 20 heures et pouvoir me maquiller... Il y a des jours où je me demande quel genre de mère je suis, que mes beaux-parents ont bien raison de ne pas m'adresser la parole parce que je suis trop nuuuulle à être fatiguée comme ça, bonne à rien, nulle en tout, boouuuuuh...

Quand je touche le fond, je remonte toujours. Le quotidien non-sco recèle toujours une pépite ou deux de bonheur. Un bisou de la petite donné à sa soeur, un nouveau mot, une découverte, une petite main nichée dans la mienne, la douceur de **, son exquise beauté, sa maturité. Les beaux yeux de mon mari( un tournesol dans un pré: des yeux verts, la pupille noire auréolée d'un peu de doré) ses visites surprise à midi, un vrai régal. Son humeur toujours égale. Nos crises de fou rire.

Entendre ** me dire "je vous remercie d'avoir réagi" (en m'enlevant de l'école)

Entendre mon mari me dire que l'IEF lui donne la pêche, l'envie de faire plein de projets, voyager, prendre sa vie en mains.

Rencontrer un parent unschooleur qui vit dans en pleine nature dans une yourte avec ses enfants, et comme par magie, n'avoir plus peur d'avoir peur.

Faire connaissance avec les homeschooleurs en général, des gens pour qui j'ai beaucoup d'estime. M'émerveiller que eux aussi, s'énervent pour les mêmes choses. Découvrir d'autres trucs avec eux. Etre avec des gens qui ne cherchent pas à vous dominer et vous laisse prendre vos décisions vous-même.

Somme toute, mes "problèmes" sont plutôt des trucs personnels qui parasitent mon quotidien, que de vrais manques causés par l'instruction en famille. N'avais-je pas déjà ces coups de barre avant de déscolariser ma fille?

Au fur et à mesure, je vais plus vivre AVEC mes enfants que POUR elles (j'ai trouvé que cela s'était amélioré aux 4 ans de **).

Et même si l'ief me fait sentir plus cruellement le manque d'entraide et de soutien, il va falloir faire le deuil d'une TRIBU familiale incluant des grands-parents (un beau rêve de jeune-fille). C'est à moi de créer ma tribu et de tout faire pour que mes filles soient bien dans leur peau.

En ce qui concerne le fait d'être marginalisée, je n'ai pas attendu de déscolariser ** pour me sentir différente. Depuis que je suis gamine, je me suis toujours entendue dire "c'est pas comme ça qu'on fait". Faire face à beaucoup d'événements difficiles depuis mon enfance, avoir des parents défaillants et très violents, a fait que je me suis construite de manière indépendante et atypique. Pour faire le bonheur de **, je me suis efforcée de "rentrer dans le moule" à tout prix, parce que pour moi il n'y avait pas d'autre modèle de "bon" parent...

C'est très difficile d'avouer cela... que je me suis trompée dans ma manière de faire avec ma fille, d'avoir trop écouté les discours classiques  et de ne pas m'être assez écoutée MOI :-(( j'ai passé toute une année à me remettre en question, refaire tout le parcours de ma (jeune) vie. M'avouer que si l'enseignement m'avait attirée, c'était pour le côté sécurisant et normalisant... c'est difficile et à la fois enrichissant de se regarder soi-même bien en face. Se dire que pour continuer un bon bout de chemin ensemble, il va falloir s'accepter telle qu'on est, avec de belle qualités mais aussi de grosses failles.

Accepter de ne pas être aimée de tout le monde, que la société ne va pas forcément me renvoyer une image positive... Alors que je n'aime pas trop être "contre" (ou alors tout contre). Accepter tout ça.

Un jour, une amie m'a dit une phrase très parlante. Je ne me souviens pas exactement de la formule mais ça donnait à peu près ceci: "quand il y a le feu chez soi, on ne s'inquiète pas d'avoir mal aux pieds" (si vous avez la citation exacte, je suis preneuse).

Et bien voilà, j'ai éteint mille feux avant, je me suis mis un toit au-dessus de ma tête (une vraie peur, celle de ne pas avoir de "chez moi"), je suis tombée amoureuse de quelqu'un de bien, je me suis constituée une famille. J'ai mis ma fille  en crèche, puis à l'école, pensant que c'était bien qu'elle se détache de moi.

Et puis, quand mes premiers besoins ont été étanchés, je me suis inquiétée du reste ;-)

Alors, voilà, ce que pour moi l'IEF a, comme magnifique avantage, et je ne parlerai que de celui-là: celui de m'être réconciliée avec moi-même.